ECTINI

Peuple ligure de la rive droite de la Tinée



 D'après l'abbé Papon "Histoire Générale de la Provence et Voyage littéraire de Provence" « la rive droite de la Tinée était habitée par un peuple considérable. Il parait avoir tiré son nom de cette rivière, ou le lui avoir donné. Ce sont les Ectini qui occupaient un pays fort étendu depuis les sources de la Tinée jusqu'au Puget de Téniers, ainsi nommé, sans doute, de Pugetum Ectinorum. »
Philippe Casimir "Le Trophée de la Turbie depuis 3000 ans" nous dit qu'il n'occupait que la haute vallée, Saint-Etienne aurait été son chef-lieu sous le nom d'Ectinum et que Puget-Théniers n'était qu'une colonie un peu éloignée du territoire Ectini.
Guy Barruol dans son excellent ouvrage "Les Peuples Préromains du Sud-Est de la Gaule", cite Nino Lamboglia qui le place dans la haute Tinée.
J. J. Jullien "Annales des Basses-Alpes", qui était inspecteur des monuments historiques, nous dit que Puget-Théniers se nommait Ectina avant de devenir Podium Tineorum rejoignant l'abbé Papon qui démontre l'analogie entre Ectini et Puget-Théniers.
Selon Edmond Blanc "Epigraphie antique du département des Alpes-Maritimes" sur une pierre trouvée à Puget-Théniers en 1763 on pouvait lire une inscription se finissant par IN CASTRO PODII ECTINENSIUM (dans le camp du tertre des Ectini) corroborant l'analogie. Malheureusement cette pierre qui prouvait la présence des Ectini à Puget-Théniers fut détruite.

 Bien que les origines de ce peuple ancien soient mal connues, certains auteurs ont imaginé des théories très différentes. La plus vraisemblable voudrait que les Ligures soient des autochtones descendants des temps néolithiques comme l'avait déjà démontré André Piganiol [1] en 1916 dans "Essai sur les Origines de Rome". Camille Jullian [2] dans "Notes Gallo-Romaines" (Revue des Etudes Ancienne, tome XX, 1918) l'avait sévèrement critiqué réaffirmant l'origine indo-européenne des ligures, reprenant la théorie du spécialiste de la civilisation celtique Henry d'Arbois de Jubainville [3] dans "Les Premiers Habitants de l'Europe". Grâce aux dernières découvertes de la génétique (Bryan Sykes), l'on s'aperçoit qu'André Piganiol n'avait peut-être pas tout à fait tort.

 Extraits de l'Histoire Universelle de Diodore de Sicile où il décrit la ligurie et ses habitants : (Livre IV pages 45 à 47) « ... Hercule voulant ensuite passer de la Celtique en Italie prit le chemin des Alpes. Il rendit les routes de ce pays, de rudes et de difficiles qu'elles étaient, si douces et si aisées qu'une armée y pouvait passer sans peine avec tout son bagage. Les habitants de ces montagnes avaient coutume de tailler en pièces et de voler toutes les troupes qui les traversaient. Mais Hercule ayant dompté cette nation et en ayant fait punir les chefs, établit pour toujours la sûreté de ces passages. Étant descendu des Alpes, il parcourut le plat pays de la Galatie et entra en suite dans la Ligurie. La contrée qu'habitent les Liguriens est très âpre et très stérile. Cependant forcée par les travaux immenses de ses habitants elle leur rapporte des fruits quoiqu'en fort petite quantité. C'est pour cela que tous les Liguriens sont de médiocre taille mais d'ailleurs ils deviennent très vigoureux à cause des violents exercices auxquels ils sont condamnés par la nature de leur terroir ; et l'éloignement où ils se trouvent des voluptés de la vie leur donne une force et une agilité surprenante dans les combats. Comme la terre qu'ils cultivent demande beaucoup de soins et de labour, les femmes mêmes sont accoutumées à partager avec les hommes tous leurs travaux. Les personnes de l'un et de l'autre sexe se louent pour toutes sortes d'ouvrages moyennant une certaine récompense. Il arriva une chose étonnante et tout à fait extraordinaire par rapport à nous, à une femme de ce pays. Elle s'était louée, quoique grosse pour travailler avec des hommes. Ayant senti les douleurs de l'enfantement, elle alla sans bruit se cacher dans des buissons. Là étant accouchée elle couvrit son enfant de feuilles et le laissa. Elle revint ensuite travailler avec ces hommes sans leur rien dire de ce qui lui était arrivé : mais l'enfant s'étant mis à crier découvrit sa mère. Cependant quelque chose que lui dît celui qui commandait les ouvriers, il ne put lui persuader de quitter son travail jusqu'a ce qu'enfin son maître lui ayant payé son salaire, l'obligea d'aller prendre du repos. Hercule étant sorti de la Ligurie entra dans la Toscane ... »
(Livre V pages 255 à 258) « ... Les Liguriens qui viennent en suite habitent un canton sauvage et stérile. Ils mènent une vie misérable travaillant assidûment à des ouvrages rudes et fâcheux. Comme leur pays est couvert d'arbres ils sont obligés de passer tout le jour à les couper. Pour cet effet ils se servent de haches extrêmement fortes et pesantes. Ceux qui travaillent à la terre sont le plus souvent occupés à casser les pierres qu'ils y rencontrent : Car ce terroir est si ingrat qu'il serait impossible d'y trouver une seule motte de terre qui fut sans pierre. Cependant quelque rudes que soient leurs travaux, la longue habitude les leur fait paraître supportables. Ils achètent une très petite récolte par beaucoup de peines et de fatigues. L'assiduité au travail et le défaut de nourriture les rend extrêmement maigres, mais en même temps très nerveux. Leurs femmes les aident dans leurs travaux, car elles ne sont pas moins laborieuses que leurs maris. Les Liguriens vont fréquemment à la chasse et ils réparent par le nombre des bêtes qu'ils y tuent la disette de fruits qui règne chez eux. Comme dans leurs chasses ils sont souvent obligés de passer sur des montagnes couvertes de neige et par des lieux très escarpés, leurs corps en deviennent plus forts et plus agiles. La Ligurie étant pour ainsi dire un pays inconnu à Cérès et à Bacchus, la plupart de ses habitants ne boivent que de l'eau, et ne mangent que de la chair des animaux domestiques ou sauvages, et quelques herbes qui croissent dans leurs campagnes. Ils passent ordinairement la nuit couchés à plate terre, rarement dans des cabanes, mais plus souvent dans les fentes des rochers, ou dans des cavernes creusées naturellement et capables de les garantir des injures de l'air. Au reste ils conservent en ceci comme en toute autre chose leurs premières et plus anciennes façons de vivre. On peut dire en général que dans la Ligurie les femmes y sont aussi fortes que les hommes, et que les hommes y ont la force des bêtes féroces. Aussi leur entend-t-on souvent dire qu'à la guerre le plus faible Ligurien ayant appelé à un combat singulier le Gaulois le plus grand et le plus fort, ce dernier a presque toujours été vaincu et tué. Les Liguriens sont armés plus à la légère que les Romains. Ils portent un bouclier à la Gauloise et une épée d'une médiocre grandeur. Par dessus leur tunique ils mettent un ceinturon, et leurs habillements sont de peaux de bêtes fauves. Cependant quelques-uns d'eux ayant servi sous les Romains ont changé l'ancienne forme de leurs armes pour se conformer aux usages de leurs Chefs. Ils font paraître leur courage non seulement dans la guerre mais encore dans toutes les rencontres périlleuses de la vie. Ils courent des risques infinis lorsqu'ils vont négocier dans les mers de Sardaigne et d'Afrique, s'exposant aux plus horribles tempêtes, dans des barques ordinaires et qui n'ont point les agrès nécessaires à la navigation ... »

 L'abbé Tisserand dans "La Cité de Nice et le Département des Alpes Maritimes" nous dit que : « Les ténèbres couvrent l'origine de nos pays. Longtemps les Alpes-Maritimes, bouleversées par le déluge, ne furent que vastes forêts et rocs solitaires, avec leurs nombreux torrents et leurs animaux sauvages. Peu ou point d'habitants jusqu'aux émigrations des Galls.
Quand la bible nous montre le berceau du monde ancien, pourquoi chercher ailleurs que dans les saintes lettres les fondateurs et les pères des nations ? Gomer, fils de Japhet, fut la tige des Galls ou Celtes, qui s'étendirent des bords de la mer Caspienne à la Germanie, et fournirent, vers le milieu du XX° siècle (avant J.-C.), des colonies à la Gaule et à l'Espagne. Celles-ci s'établirent sur les bords de la Méditerranée, où elles prirent, - vers le Pô, le nom d'Insubriens (hommes forts) ; - sur les rivages de la mer, d'Ibères (riverains) ; - dans les Alpes-Maritimes, de Ligures (montagnards).
Ceux qui prétendent que Phaëton (Caton, Origines), dont la chute dans l'Eridan a été chantée par les poètes anciens, donna son nom à la Ligurie de son fils Ligur, ont embelli de fictions notre histoire, et c'est sans doute en adoptant ce reçit mythologiue que dans les siècles derniers l'illustre peintre Carlone ornait le château de Cagnes de sa magnifique fresque du Phatëon.
Nos Ligures du Var, à cause de leur longue chevelure, s'appelèrent aussi Capillati ou Comati. Ces peuples pasteurs furent d'abord en très petit nombre. Se livrer aux exercices de la chasse, de la pêche et aux soins des troupeaux, aller d'un lieu à l'autre comme les anciens patriarches, pour trouver de meilleurs pâturages, telle fut la vie des premiers peuples, vie simple, uniforme, hospitalière, sans apprêts, comme sans événements saillants. Nourriture, vêtements, demeure, exercices et fêtes, tout était exempt du luxe raffiné de la civilisation. Des discussions ne s'élevaient qu'au sujet des troupeaux ; c'est ce qui forçait souvent les familles à émigrer, ainsi que Loth nous offre en exemple.
Le plus ancien de la tribu était roi ou pontife, et sa houlette un peu plus grande ou mieux façonnée devint le signe de son autorité. De là, le sceptre, la crosse, le bâton du viguier ou du maréchal, attributs du commandement ; de là, les premiers princes furent appelés rois pasteurs ou pasteurs des peuples.
Aussi est-ce à la vie pastorale que l'on a emprunté les images et les comparaisons les plus gracieuses. Le fils de Dieu lui-même a pris le titre de pasteur et la donné à ses prêtres ; son Église est un bercail ; Jésus s'appelle l'Agneau de Dieu immolé pour nous, le véritable Agneau Pascal.
Les peuplades Liguriennes vivaient par familles ou par tribus isolées, sans agglomérations de maisons, les unes dans les bois, d'autres sous de misérables huttes ou sous les rochers. - On recherchait de préférence les sources ou les bords des rivières. Comme on avait de bonne heure reconnu l'excellence des pâturages des montagnes et des herbes aromatisées qui poussent dans les fentes des rocs ou sur les pentes arides, on y menait les troupeaux après la fonte des neiges, et l'hiver on descendait dans les vallées. Ce départ régulier des bergers, qui a lieu chaque année vers la Toussaint, date de la plus haute antiquité. Au retour qui se faisait au commencement de mai, on réglait la nouvelle délimitation des territoires ou des quartiers. Ne serait-ce pas l'origine des premiers champs de mai ou de mars, nos plaids ou parlements ? Certains pays on gardé les noms celtique de Clans (assemblée), Land-tosque, Utelle (Ur-tell), Ci-gal.
Chose extraordinaire ! Si vous parcourez les montagnes des Alpes-Maritimes, vous y trouverez partout des vestiges de ces temps reculés. Il est curieux d'étudier la manière de vivre, les coutumes, le langage. Rien d'antique comme ces danses caractéristiques, ces jeux simples et naïfs, ces chants ou rondeaux, et au printemps ces mais ornés de guirlandes. Il n'y pas jusqu'aux actes notariés qui se rédigeaient ou se signaient sur les bords d'une rivière, in âula (dans une cour), in plâtea, sub oliveto, in horto, ante portam ecclesiœ, ant curiœ, où ne se manifeste la coutume de se réunir en plein vent. - Toute la commune, sous le nom de conseil général, se rassemblait sur la place publique et délibérait tumultueusement. On voit encore à Vence, place du Peyra, la pierre sur laquelle se faisaient les actes publics, les enchères, etc., avant 1789.
Les seigneurs eux-mêmes, jusqu'à la grande révolution, ont conservé quelque chose des mœurs pastorales. - Ils comptaient leurs richesses et dotaient leurs filles par trentaines de moutons. Que d'anciennes bergeries ou mas abandonnées aujourd'hui sur nos montagnes !
Les croyances primitives de nos Ligures des Alpes-Maritimes ont dû se ressentir de leur vie paisible. Aussi rencontre-t-on moins que dans le Nord de ces pierres druidiques, théâtres d'horribles sacrifices.
Les familles se multiplient ; d'autres colonies arrivent de l'Asie ; les relations s'étendent.
Le génie inventif de l'homme, la soif de l'inconnu, le besoin d'activité, la recherche des aventures extraordinaires ont été dans tous les temps le mobile des grandes entreprises. - L'envie avait armé le bras de Caïn contre Abel ; la guerre est dans le monde parce qu'elle est dans nos cœur. La mythologie embellissant le combat des Anges, a introduit la guerre parmi les dieux du paganisme ; et de la tour de Babel, elle a fait la lutte des géants contre le ciel. Le Nemrod chasseur, fondateur de Babylone, qui force Assur à bâtir Ninive pour se garantir de ses invasions, nous explique les premières forteresses. - Nos Alpes, étrangères à ces luttes vivaient paisiblement de leurs troupeaux, quand, au XIV° siècle avant J.-C., la première expédition maritime couvrit de ses navires les flots de la Méditerranée. L'un des héros des Argonautes, Hercule armé de sa massue et suivi d'audacieux compagnons, se met à courir nos pays et à les délivrer d'une foule de monstres. Ayant reçu l'ordre d'Eurysthée d'aller cueillir les pommes d'or des Hespérides, il s'adressa aux nymphes du Pô qui le renvoyèrent à Nérée. Le vigoureux Alcide surprit le dieu de la mer pendant son sommeil et le força de lui ouvrir les voiles de l'avenir (-1330). Hercule, d'après ses conseils, frêta des vaisseaux, passa en Mauritanie en côtoyant nos contrées, tua le dragon, et c'est en revenant avec le fruit précieux qu'il délivra la plaine de Crau (Campus Herculeus), des géants Albion et Bergion. Pendant que sa flotte allait sur le littoral, ses compagnons parcouraient la terre ferme en chassant devant eux de grands troupeaux de bœufs, fruits de leurs conquêtes. On se reposa dans la rade de Villefranche. Cependant les Ligures s'étaient réunis, la première fois pour s'opposer à la marche du héros Thébain. Le fils d'Alcide à qui rien ne résistait, remporta une victoire complète. Un de ses capitaines nommé Braüs battit les Vibères dans le champ d'Herc, près de Sospel, et donna son nom au col de Braüs, tandis que Monæcus, autre chef Héraclide, éleva une citadelle à Hercule sous le nom d'Hercule-Monaco. La rade de Villefranche garda le nom de Port-Hercule.
Ce serait renverser toute la tradition que de rejeter la présence d'Hercule dans nos contrées, puisque les monuments corroborent le récit des anciens historiens.
Hercule personnifie le génie des conquêtes ; - Agénore le Phénicien, celui du commerce. Les Phéniciens, ces hardis navigateurs, maîtres des îles de la Méditerranée, sont les premiers qui échangent les produits de l'Orient contre ceux de l'Occident. Ils vont le long des terres, entrent dans les embouchures des fleuves qu'ils rencontrent, et établissent leur colonies jusqu'au centre de la Gaule. C'est en suivant le cours du Rhône et de la Saône qu'ils fondèrent Alise, dont le nom rappelle Isis, la fille d'Agénore. Melun dans son île sur la Seine s'appelait Isis avec un temple de ce nom où s'élève aujourd'hui l'antique collégiale Royale de N. D. ; comme dans nos parages, Ese, l'antique Avisio. Le culte d'Œsus et d'Œsa a précédé celui de Mars et de Cibèle, ou Maia, la mère des dieux. La tradition rapporte que Jéüs, fils d'Oliban de Bérite, serait le père des Béretins de la Penne. Ce quartier du Comté de Nice a encore des noms tout phéniciens. C'est la vallée de Chainan ou Caïnan, ce sont les quartiers de Manassès, Uriel et Salomon, le mont Adan. - Cigalle, appelée auparavant Alasia, est un souvenir d'Alise (villa d'Isis). Nos montagnes, grâce aux Phéniciens, commencent à se couvrir de vignes et d'oliviers, et le beau climat de la Provence étale la luxuriante végétation de la Grèce et de l'Asie. - Les fugitifs de Grèce, les Pélages et les Hellènes viennent mêler leur sang aux Phéniciens et aux Ligures. Cimiés (Cemenilium) ne serait qu'une nouvelle Ilion bâtie au pied des monts Céménos.
Nous sortons des temps héroïques pour entrer dans le domaine de l'histoire. Quoique les arts et les lettres soient en honneur jusque dans le sud de l'Italie, appelée Grande Grèce, les Ligures gardent leur fière barbarie. Enfants des rocs et des montagnes, ils conservent cette dureté et cette âpreté, qu'aujourd'hui même ils semblent n'avoir pas tout à fait dépouillées. Écoutez Pline, Diodore de Sicile, Strabon, Florus, etc. Nous les traduisons ici : « Les Ligures sont durs, laborieux et sobres ; ils ne vivent que de laitage et du fruit de leurs troupeaux. Les femmes y partagent tous les travaux de leurs maris. Ils sont infatigables à la guerre. Remuants par caractère, ils n'ont pas de cavalerie à cause des escarpements du pays et du manque de fourrage. Ils se servent de petits boucliers à la manière des Grecs ; leurs javelots sont en bois de houx et empoisonnés avec le suc laiteux du capefiguier. Ils sont très habiles tireurs d'arc, et dès leur bas âge exercés à cet art. - On sait que les habitants des îles Baléares mettaient le repas de leurs enfants sur un point quelconque, et qu'ils ne leur donnaient que gagné au tir de l'arc. Ils ne leur faut presque rien pour se nourrir. Comme ils habitent un sol âpre, stérile, rocailleux et couvert de bois, ils récoltent peu de fruits et de blé. Tandis que les uns sont à la chasse et soignent les troupeaux, d'autres fendent les rochers et extraient les pierres dont ils font des murs de soutènement. C'est là-dessus qu'ils ramassent quelque terre végétale pour cultiver. Ils n'obtiennent quelque récolte qu'à force de bras, de ce terrain où l'on ne peut piocher sans rencontrer la roche vive. La frugalité de leur vie, jointe à cet exercice pénible et continuel, les rend secs, maigres, nerveux, mais robustes. L'habitude qu'ils ont de marcher dans ces collines pierreuses, les rend agiles à la course. Comme tous les montagnards, ils sont braves et jaloux de leur liberté. Peu s'abritent sous des maisons, ils couchent presque sur la terre nue. Ils ternissent malheureusement ces belles qualités par le vol, le mensonge et la mauvaise foi. »
Les Ligures formaient trois confédérations : Salyens, Alpins et Transalpins.
Les Salyens se divisaient en peuplades du littoral et peuplades de l'intérieur, - entre le Rhône, le Var et la Durance, avec vingt-cinq peuplades.
Les Alpins formaient la même division entre le Var et la Macra, avec vingt-deux peuplades.
La chaîne des Alpes-Maritimes les enveloppait au Nord, à l'Ouest et à l'Est. Nous n'avons pas à nous occuper ici des Transalpins.
Le département actuel des Alpes-Maritimes renfermait environ dix-huit peuplades.
Nos Salyens du littoral étaient les Oxybiens de Cannes, les Décéates d'Antibes et de Cagnes, les Quariates d'Andon, les Ligaunes de Grasse, les Nérusiens de Vence, les Triullates de Glandèves, les Bérétins de la Penne. Nos Alpins étaient les Oratelles d'Utelle, les Védiantiens de Cimiés, les Gallites de Gilette, les Erubriens de Lantosque, les Ectines du Puget, les Némentures de Clans, les Vélaunes du Beuil, les Eguitures de Sospel, les Rotubiens de Menton, les Vibères et les Esubiens de la Vésubie et les Intémiliens.
Tels sont ces redoutables hommes qui pendant des siècles vont faire trembler Marseille et Rome elle-même. »


Notes:
[1] : André, Félix, Guy Piganiol
Historien né en 1883 au Havre, décédé à Paris en 1968. Professeur à la Sorbonne et au Collège de France. Membre de l'Institut de France, élu en 1945 à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Il fut un spécialiste de l'histoire romaine.  Retour au texte
[2] : Louis, Camille Jullian
Historien de l'Antiquité romaine et de la Gaule, né le 15 mars 1859 à Marseille, décédé le 12 décembre 1933 à Paris. Professeur au Collège de France. Membre de l'Institut de France, élu le 11 décembre 1908 à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et élu le 3 avril 1924 à l'Académie française.  Retour au texte
[3] : Marie-Henry d'Arbois de Jubainville
Historien, linguiste et médiéviste, né le 3 décembre 1827 à Nancy, décédé le 26 février 1910 à Paris. Professeur au Collège de France. Membre de l'Institut de France, élu le 1er février 1884 à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.  Retour au texte
Sources:
- Histoire Universelle, par Diodore de Sicile, traduction de l'abbé Terrasson - Paris, 1737
- Histoire Générale de Provence, par l'abbé J.-P. Papon - Paris, 1777 à 1786
- Voyage littéraire de Provence, par l'abbé J.-P. Papon - Paris, 1780
- Histoire Civile et Religieuse de la Cité de Nice et du département des A.-M., par E. Tisserand - Nice, 1862
- Epigraphie Antique du département des Alpes-Maritimes : Partie II, Arrondissement de Nice et
  de Puget-Théniers, par Edmond Blanc - Nice, 1879
Bibliographie:
- Histoire Romaine, par Dion Cassius, traduction de E. Gros - Paris, 1845 à 1855
- Histoire Naturelle, par Pline l'ancien, traduction de E. Littré - Paris, 1848
- Histoire des Gaulois, par Amédée Thierry - Paris, 1828
- Annales des Basses-Alpes, par J. J. Jullien - Digne, 1840
- Les Premiers Habitants de l'Europe, par Henry d'Arbois de Jubainville - Paris, 1877, 1889-1894
- Histoire de la Gaule, par Camille Jullian - Paris, 1907 à 1928
- Le Trophée de la Turbie depuis 3000 ans, par Philippe Casimir - Cannes, 1909
- Essai sur les Origines de Rome, par André Piganiol - Paris, 1917
- Le Trophée d'Auguste à la Turbie, par Philippe Casimir - Marseille, 1932
- Les Peuples Préromains du Sud-Est de la Gaule, par Guy Barruol - Paris, 1969
- De l'Aegitna de Polybe au Trophée de la Brague, par Jean-Edouard Dugand - Monaco, 1970
- Histoire de la Provence, par Robert Colonna d'Istria - Paris, 2000
- Le Grand Livre de la Provence, par Maurice Chevaly - Marseille, 2001
- Les Sept Filles d'Ève, par Bryan Sykes, traduction de P.-E. Dauzat - Paris, 2001
Liens:
- Civilisation et rôle des Ligures
- Les Ligures
- Les Ligures-La Ligurie


Dernière modification le 14 avril 2015.