PRÉFACE DU TOME PREMIER

( DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE PROVENCE )

P R É F A C E.

I.  UTILITÉ DE L'HISTOIRE GÉNÉRALES DES PROVINCES.
    Manière de l’envisager.

Nous n'entreprendrons pas de prouver l’utilité de l’ouvrage dont nous donnons le premier volume. On convient depuis longtemps, qu'il n'y aura de bonne histoire générale de la France, et que le droit public ne sera bien connu, qu'après qu'on aura débrouillé les annales de chaque province, montré l'origine des coutumes et des privilèges qui lui sont propres, les causes et les progrès de l’industrie, les changements politiques, et les établissements qui ont occasionné quelque révolution dans les arts et dans les mœurs. On peut dire même que le gouvernement, connaissant mieux par ces découvertes, le génie et les intérêts de chaque partie de la nation, en pourra profiter pour diriger ses opérations sur un meilleur plan, et des règles plus sûres.
A ces avantages généraux, on peut en ajouter de particuliers, qui regardent le peuple dont on écrit l'histoire. Les événements qui se sont passés dans le pays que nous habitons, ont pour nous un bien plus grand intérêt, que ceux dont la scène est éloignée. Ce sont, pour ainsi dire, des événements de famille qu'il n’est pas permis d’ignorer; c’est le tableau des vices et des vertus de nos ancêtres; de ces mêmes hommes, qui ont défriché nos terres, bâti nos villes, établi les lois, créé le commerce, et débrouillé les éléments des sciences dont nous avons hâté les progrès. Ces motifs sont plus que suffisants pour nous attacher à l’histoire de notre pays, et nous la faire préférer à toutes les autres. Mais pour la rendre véritablement utile, il faut avoir soin de représenter le peuple tel qu'il a été dans les différents siècles, avec les modifications et les changements que le temps et les révolutions ont apportés dans les lois, les mœurs, les usages, les arts et le commerce; autrement, on ne donnera qu'un amas confus de faits, dont il sera difficile de voir la suite et les rapports.
Il n’est pas impossible de suivre ce plan dans l’histoire d'une province. Toutes les sociétés politiques, quelque bornées qu’elles soient, ont un fonds de génie qui leur est propre; et si l'on veut approfondir les causes de leurs progrès, de leur grandeur et de leur décadence, on intéresse presqu'autant que si l’on avait de grands événements à décrire. Ce ne sont pas les sièges, les batailles, les conquêtes, qui attachent le lecteur judicieux; c’est le tableau de l’esprit humain, qui chez un peuple resserré dans des limites étroites, a souvent pris des formes d'autant plus variées, qu'il a eu plus d’obstacles à vaincre. Si la plupart des historiographes des provinces ont mis si peu d'intérêt dans leurs ouvrages, c'est qu'ils ne se sont attachés qu’à décrire les faits qui ont rapport à la guerre.Ils seraient quelquefois sortis du cercle étroit où ils se sont bornés, s'ils avaient senti qu'il faut généraliser ses idées, quand le peuple, dont on écrit l'histoire, a eu par sa situation et par son genre d'industrie, des rapports avec des nations puissantes. Un tel peuple doit avoir nécessairement éprouvé l'influence, et transmis aux unes la politesse et les lumières qu'il avait reçues des autres. Son histoire rentrera quelques fois dans l'histoire générale, s'en appropriera les grands objets, s’élèvera, intéressera le lecteur, et n'aura ni la sécheresse, ni la stérilité qui caractérisent la plupart des histoires particulières.
La nôtre est liée à celle des anciens grecs, par la politesse et les arts qu'ils nous communiquèrent; à celle des gaulois, par le commerce et les lettres nous leur transmimes; enfin, à celle des romains, par l'ascendant que leur génie, leurs conquêtes, leurs vertus et leurs vices même, leur donnèrent sur nous. L'on retrouvera leurs mœurs dans le tableau que nous ferons de celles de nos pères; elles étaient en effet les mêmes, à peu de choses près; parce que, de tous les peuples des Gaules, les provençaux furent ceux qui adoptèrent plus aisément, et qui conservèrent plus longtemps leurs lois et leurs maximes. Mais comme ce ne sont point les romains seuls qui les civilisèrent; comme les marseillais y contribuèrent autant par leurs colonies et l'activité de leur commerce, que par la supériorité de leurs lumières, on trouvait en Provence un mélange de tout ce que les usages et le génie des grecs, pouvaient avoir de compatible avec les lois et les mœurs romaines.

II.  DIVISION DE L'OUVRAGE ET DE LA CHOROGRAPHIE.

Je parcours rapidement ces objets parce qu'on les verra traités dans l'histoire avec toute l'étendue qu'ils demandent. Content d'avoir présenté le point de vue sous lequel il me paraît qu'on doit envisager l'histoire générale d'une province, je vais entrer dans quelques détails, pour donner une idée du plan que j'ai suivi. Je commence d'abord par la chorographie, que je divise en deux parties; car il m'a paru nécessaire de faire connaître ce qu'était la Provence du temps de la république romaine et des empereurs, relativement à la population et à la manière de vivre, et ce qu'elle est aujourd'hui. Dans la première partie, je parle des peuples et des villes dont il est mention dans les auteurs romains. Bouche, historien de Provence, a rassemblé sur cet article beaucoup de matériaux; mais quoique cette partie de son ouvrage soit celle où l'on trouve plus de recherches et de critiques, elle fourmille d'erreurs; et il faut convenir qu'il était bien difficile à cet auteur de les éviter dans le temps où il écrivait. D'ailleurs, il y a mis si peu d'ordre, de précision et de clarté, qu'on a souvent de la peine à démêler ce qu'il veut dire. M. d'Anville a traité le même sujet dans la notice de l'ancienne Gaule, avec beaucoup de critique et d’érudition. Il ne nous aurait rien laissé à désirer, si les difficultés d'un plan aussi étendu que le sien, lui eussent permis d'entrer dans tous les détails, et de traiter chaque article avec l'exactitude dont il est capable. Mais il a oublié de parler de plusieurs peuples et de plusieurs villes [1], qui nous sont connus par des monuments anciens; et sur la position de beaucoup d'autres, il nous a paru que son opinion n'était pas la plus sûre. Ces fautes sont inévitables dans un genre de travail, qui demande des recherches qu'on ne peut faire que sur les lieux. En parlant des anciennes villes, je rapporte les inscriptions les plus intéressantes qu'on y a trouvées; et je tâche d'expliquer tout ce qui regarde les usages, les cérémonies religieuses, les différents corps d’artisans, les affranchis les prêtres et les officiers municipaux dont elles font mention. Cette partie, jointe à l'explication des anciens monuments et au traité des médailles, contiendra tout ce qu'on peut désirer sur les antiquités de Provence.
Les inscriptions qu'on lit dans Bouche, étant presque toutes mutilées, il m'eût été impossible d'entendre celles que j’en ai prises, et qui sont en petit nombre, sans le secours de M. Séguier, de Nîmes, associé de l'académie des inscriptions et belles-lettres, qui m'en à donné la véritable leçon. Les sciences auraient bientôt fait des progrès si tous les savants étaient comme lui, d'une érudition éclairée, d'une critique sûre, et d'une complaisance qui le rend prodigue de ce qu'il sait.
La connaissance du local est encore un objet qui n'est point à négliger. Elle sert à répandre du jour sur les événements, et souvent elle rappelle des révolutions qui tiennent à l'histoire. Mais de trop longs détails seraient déplacés dans cet ouvrage, et nous nous bornerons à parler des différentes qualités des terres qu'on remarque en Provence, et des principaux effets qui en résultent; ensuite, nous ferons connaître le climat et ses variations, par des observations météorologiques, et par un catalogue raisonné des plantes indigènes les plus remarquables et des plantes exotiques qui se sont naturalisées parmi nous. Le catalogue de celle-ci nous rappellera un des plus grands services que la Provence ait rendus aux Gaules, puisque c'est elle qui leur a transmis les plantes, les arbres et les arbustes que la ville de Marseille nous à procurés par son commerce avec l'Afrique et le Levant, et qui font l'ornement et la richesse de nos jardins.

    Des Évêques.

Après quelques détails sur l'état actuel des villes épiscopales de Provence, on trouvera dans la seconde partie de la chorographie, un abrégé chronologique des évêques, et la fondation des anciennes abbayes. Ces faits tiennent à la religion, et l'on est bien aise de les voir rassemblés dans un ouvrage qui doit contenir tout ce qui s'est passé de mémorable en Provence. Chaque église aime d'ailleurs à trouver son histoire particulière dans l'histoire générale de la province; et les anciennes familles sont intéressées à connaître les prélats qu'elles ont donnés aux différents sièges: ajoutons que les actions et les vertus de ces prélats appartiennent à l'histoire civile: mais qu'il aurait été impossible de les y insérer, sans interrompre trop souvent le fil de la narration: j'en ai donc fait un article séparé, qui sera plus exact et plus complet que tout ce qu'on a publié jusqu'à présent. En m'engageant dans ces détails indispensables, j'ai senti que je me serais écarté de mon plan, si je ne rassemblais pas tout ce que chaque diocèse offre de plus intéressant en fait d'histoire naturelle et d'antiquités.

III.  INTRODUCTION À L'HISTOIRE.

Cependant ces connaissances préliminaires, qui sont si propres à fixer l'attention du lecteur sur les événements, laissent encore quelque chose à désirer. On est bien aise de savoir quelles étaient les lois, les mœurs, les usages, la religion, et la manière de vivre du peuple avant qu'il fût soumis aux romains; en un mot, on veut juger des changements que les révolutions ont apportées dans son caractère et sa constitution politique; et combien sous les francs, par exemple, il était différent de ce qu'il avait été six cents ans avant Jésus-Christ. Il n'est pas impossible de remonter à ces temps reculés. L'état des peuples sauvages, tels qu'étaient les provençaux, et les autres gaulois dans la plus haute antiquité, ne change point. Les institutions et les principes, qui font la base de la religion et de la société, sont toujours les mêmes, tant que ces peuples n'ont point de rapports avec les nations policées; et si l'on trouve quelque usage qui leur soit commun avec elles, on peut assurer que son origine ne remonte pas au-delà du temps où ils commencèrent à les fréquenter. Cette règle de critique est incontestable. Si parmi les pratiques des celtes, nous en observons qui appartiennent aux grecs, nous pouvons dire qu'ils les avaient empruntées des marseillais, et que ceux-ci avaient déjà beaucoup d'influence sur les Gaules, avant qu'elles ne passassent sous la domination romaine.
Tels sont les objets dont j'ai cru devoir traiter séparément à la tête de l'ouvrage, pour ne rien omettre d'essentiel, et pour débarrasser l'histoire d'une infinité de faits, qui n'auraient servi qu'à y mettre de la confusion, et partager l'attention du lecteur. J'aurais pu parler des principaux fiefs de la Provence, pour faire connaître les différentes familles qui les ont possédés; je me suis arrêté sur quelques-uns. Celui de la Tour-d'Aigues, dans le diocèse d'Aix, a fourni plus que les autres. Si cette manière de parler des fiefs ne paraît pas entièrement dénuée d'intérêt, je pourrai marquer la succession historique de plusieurs autres, dans un supplément à la chorographie.

IV.  IDÉE DU PREMIER LIVRE.

Le premier livre de l'histoire contiendra tout ce qui s'est passé de mémorable en Provence, depuis la fondation de Marseille jusqu'au règne d'Antonin, où je termine la première époque. Ces siècles stériles et barbares dans l'histoire des Gaules, sont dans l'histoire de Provence le temps des événements remarquables; on y voit l'arrivée des phocéens, leurs guerres, les progrès de leur puissance, ceux du commerce et de la navigation, l'établissement de leurs colonies, le voyage de Pythéas en Islande, 320 ans avant Jésus-Christ; celui d'Euthyméne, son contemporain, sur les côtes occidentales de l'Afrique; les guerres des romains avec les oxybiens, les décéates et les salyes; le passage des carthaginois; la défaite des ambrons et des teutons, par Marius; les vexations des prêteurs; le siège de Marseille par César; les colonies qu'il fonda; les établissements que fit Auguste; enfin, les batailles qu'il y eut entre les troupes de Vitellius et d'Othon près de la Napoule; sans parler des lois de Marseille, de la manière dont cette république se gouvernait, de son alliance avec Rome, et de quelques autres objets non moins intéressant.
Revenant ensuite sur tous ces faits, nous examinerons quelle influence les marseillais eurent sur les gaulois par leurs lumières et leur commerce, et par quelles causes les provençaux se civilisèrent et se corrompirent ensuite. Ce tableau présente une des révolutions les plus piquantes de notre histoire, puisqu'elle nous montre dans le développement des talents et des passions, les vertus qui forment les empires; et dans leurs progrès, les vices et les abus qui les détruisent. L'époque où la religion commença d'être connue en Provence, ses progrès, son influence sur la société, seront aussi traités dans une juste étendue, ainsi que la manière dont la province fut gouvernée sous les romains. Je donnerai en même temps une idée de l'état des personnes, et de l'administration des villes, et je tâcherai de fixer le temps où Marseille cessa de se gouverner par ses propres lois. Les médailles de cette république fournissent un article que je dois à un magistrat respectable. M. le président de Saint-Vincent, qui connaît notre histoire et l'antiquité, comme s'il n'eût point fait d'autre étude; quoiqu'il ait toujours rempli les devoirs de son état avec une distinction qui ferait croire qu'il ne s'est jamais appliqué à autre chose: ses lumières et son amitié m'ont également servi pour donner quelque mérite à mon ouvrage, et m'encourager dans un genre de travail rebutant et pénible, qui demande des recherches infinies, une application et des discussions continuelles. Le traité des monnaies qui ont eu cours en Provence sous nos comtes, et qui sera imprimé dans le second volume, est aussi de lui. C'est un morceau intéressant par les choses curieuses qu'il renferme sur les mœurs, et sur le prix des denrées dans les XI°, XII°, XIII°, XIV° et XV° siècles.

V.  SECONDE ÉPOQUE.

La seconde époque se termine au temps où Charles-le-Chauve s'empara de la Provence; elle présente le tableau de tout ce que l'ambition et la cruauté peuvent produire dans les siècles de barbarie. Cette province, placée entre l'Italie et les Gaules, fut en proie à tous les partis qui se formèrent en deçà des Alpes. Sa destinée se trouva donc liée à celle de l'empire romain, et les mêmes causes qui le détruisirent, mirent la Provence sous le joug des barbares. On verra les empereurs la défendre contre des usurpateurs, ensuite contre les bourguignons et les visigots, qui s'en emparèrent, et la cédèrent aux ostrogots, d'où elle passa aux francs, sous lesquels les normands et les sarrazins mirent le comble à la misère publique. Au milieu de ces événements, le peuple vexé, avili, dégradé, dans un chaos, où à travers les usages, les lois et les mœurs des barbares, on aperçoit encore l'empreinte de la domination romaine. C'est une idée que nous développerons conformément au dessein que nous avons de rassembler à la fin de chaque époque tout ce qui peut faire connaître la situation et le caractère du peuple. Il se présentera de nouveau articles à traiter, à mesure que nous avancerons, tels que l'hérédité de la noblesse, sous le règne des empereurs et des francs; la naissance et les progrès de la puissance temporelle du clergé; la dispute fameuse qui s'éleva entre l'évêque d'Arles et celui de Vienne au sujet de la primatie, et les différents démembrements de l'ancienne Narbonnaise, dont se formèrent de nouvelles provinces.

VI.  TROISIÈME ÉPOQUE.

Nous suivrons la même marche dans les autres époques. Après récit des événements, nous crayonneront le tableau des mœurs et des usages. Dans la troisième, nous parlerons des communes, de la renaissance des lettres, de l'origine de la langue provençale, et de l'influence qu'elle eut sur l'italien et le français, etc. Nous examinerons si en Provence on possédait les fiefs aux mêmes conditions qu'en France, ou dans l'Empire. De-là dépend la solution des difficultés qu'on a trouvées dans la généalogie des comtes de Provence, et qui ne sont point encore éclaircies. Je ne m'étendrai pas sur la question qui s'est élevée entre la Provence et le Languedoc au sujet de la possession du Rhône. M. de Nicolaï d'Arles, associé de l'académie des inscriptions et belles-lettres, dont les lumières et les recherches m'ont été plus d'une fois utiles, a traité cette matière avec une érudition et une solidité qui ne laisse rien à désirer. Je terminerai chaque époque par l'article des hommes illustres, qui sont nés en Provence dans le même intervalle de temps.

VII.  HOMMES ILLUSTRES.

Peut-être voudrait-on qu'on les fit connaître dans le cours de la narration en suivant l'ordre chronologique. Il est certain que l'histoire en paraîtrait plus savante, mais elle y perdrait du côté de la clarté. Il faudrait souvent interrompre le fil des événements politiques, pour parler d'un saint personnage ou d'un homme de lettres, dont les ouvrages et les actions n'auraient aucun rapport avec les faits. S'il y a des occasions où l'on peut placer d'une manière intéressante ce qui regarde quelques hommes illustres; il y en a beaucoup d'autres où tout l'art de l'auteur ne pourrait corriger ce que ces disgressions auraient de choquant et de disparate. Qu'on relève dans l'histoire les actions d'un grand homme distingué dans l'église ou dans l'état, rien n'est plus naturel. Ses actions tiennent par quelque endroit à la chaîne des événements politiques; souvent même elles les ont fait naître, et ce serait manquer à l'exactitude, que de ne pas les rapporter. Il n'en est pas de même d'un orateur, d'un poète, d'un historien. Il faut, ou les passer sous silence, ou traiter leur article séparément à la fin de chaque époque. Il en reste dans l'esprit une idée plus nette de l'état des sciences et des lettres.
Ce que je dis des hommes illustres, on peut le dire des inscriptions et des autres antiquités, etc. Si l'on en parle dans le corps de l'ouvrage, lorsqu'on a occasion de nommer la ville où on les trouve, on fait un étalage d'érudition qui en impose au commun des lecteurs, et quelquefois même à des savants. Mais il arrive de-là qu'on ne traite point la matière à fond, et qu'on rebute les personnes qui n'aiment pas ces fortes de discussions. En un mot, on ne contente ni le érudits, ni cette classe d'homme qui, sans être ennemis de la science, sont bien aise qu'on en écarte les épines. Au reste, nous proposons notre opinion, sans la donner pour la meilleure, et encore moins sans vouloir critiquer ceux qui ont suivi une autre méthode. Mais nous avons cru devoir justifier la nôtre, et exposer les raisons qui nous ont engagé à traiter séparément de la géographie ancienne de la province, des inscriptions, des antiquités, des médailles, des évêques, et de l'histoire naturelle.
M. l'abbé de Capris de Beauvezet, m'a fourni sur les hommes illustres de Provence, des matériaux dont je ferai usage quand j'en serai au XIV° siècle, ayant déjà tous ceux qui me sont nécessaires pour les siècles antérieurs. Je parlerai ailleurs du mérite de son travail. Quant à la partie des troubadours, on verra ce que j'ai tiré des manuscrits de M. de Sainte-Palaye. Ce savant académicien me les a communiqués avec cette franchise et cette candeur qu'une âme honnête comme la sienne devait puiser dans un genre d'occupations où tout respire la loyauté des anciens chevaliers. Il ne fallait rien moins que son goût pour les recherches, sa patience infatigable, et ses connaissances pour débrouiller notre vieux langage; car il ne suffisait pas d'entendre les mots, il fallait encore connaître à fond les usages et les mœurs de ces temps-là. Il n'appartenait donc qu'à l'auteur des excellents mémoires sur la chevalerie, d’interpréter le poètes qui l'ont tant célébrée.
Ce service est plus grand qu'on ne pense pour nos provinces méridionales surtout, où les troubadours ont vécu. Outre qu'il est intéressant de connaître les commencements des arts, quelque faibles qu'ils soient, les ouvrages de ces poètes répandent beaucoup de jour sur des faits dont nous aurions eu de la peine à voir la suite et les rapports. Des usages auparavant inconnus, des anecdotes sur des familles, sur la distinction des états, sur les mœurs, sur la manière de vivre des gentilshommes et des bourgeois, sur l'éducation, sur le clergé, sur les religieux, viendront se placer d'eux-mêmes dans l'histoire, depuis que M... a fait jouir le public du travail de M. de Sainte-Palaye, auquel il a donné du prix par les agréments du style, et par les réflexions judicieuses qu'il a fermés. Je rapporterai les vies des troubadours qui sont nés en Provence, dans leur langue originales, avec la traduction à côté. Entre ces vies, on en trouvera sept, qui donneront lieu de regretter que nous n'en ayons pas un plus grand nombre de la même main. Elles sont d'un homme de lettres, qui, après s'être occupé de sa jeunesse de la lecture de quelques anciens manuscrits qui contiennent les vies et les poésies des troubadours, a depuis tourné ses études vers des objets plus sérieux. Un ami de l'auteur, qui en avait une copie, a bien voulu nous les communiquer.

VIII.  ADMINISTRATION DE LA PROVINCE.

L'administration de la province est encore un sujet intéressant qui mérite d'être traité dans l'histoire. C'est dans l'administration que se peint le caractère du peuple. S'il a de l'élévation, de la grandeur et de la fermeté, la législation en portera l'empreinte; s'il a été forcé par les circonstances à fixer ses vues sur les détails et l'économie, tous les intérêts seront prévus et combinés; chaque partie du corps politique aura ses droits particuliers, des règles et des moyens pour les défendre. Feu M. de Monclar, procureur général au parlement de Provence, qui m'avait donné l'idée d'un traité sur cette matière, s'était chargé de le faire. Il avait dépouillé les cahiers des états depuis la première assemblée connue jusqu'à nos jours; et d'après ce qui avait été constamment pratiqué, il devait exposer les principes et les règles de l'administration de la province, des vigueries, des communautés, et des terres adjacentes et privilégiées. La mort, qui a surpris ce magistrat, m'a privé des secours que j'aurais pu retirer de ses talents. Ce n'est pas ici le lieu de parler du citoyen éclairé, qui veut bien se charger de remplir cette tâche, digne d'exercer la plume d'un esprit observateur, qui saisisse l'ensemble, et qui descende dans les détails pour voir les rapports qu'ils ont avec les différentes branches du système. J'en parlerai dans le volume où ce traité doit être mis.

IX.  DIFFICULTÉS DE L'ENTREPRISE.

Il est aisé de voir qu'un plan aussi vaste que celui de cette histoire, demande des recherches infinies. Les ouvrages imprimés qu'il faut lire, suffiraient seuls pour occuper un homme. On trouve des matériaux aussi difficile à rassembler, qu'à mettre en œuvre dans les auteurs grecs et latins qui parlent de la république de Marseille; dans l'histoire de l'Italie ancienne et moderne; dans celle d'Espagne, et des provinces voisines de la nôtre; dans celle des francs, des bourguignons et des gots; dans les vies des saints et les conciles; dans les auteurs ecclésiastiques, tels que Salvien; enfin dans les antiquaires. Les chartes offrent ensuite un chaos où l'on se perd. Il faut lire, comparer, rebuter, extraire. Sur cent, on en trouve quelquefois dix qui sont utiles. Même travail, même embarras pour les manuscrits où tout est diffus, in forme, mal digéré. Quel serait l'auteur qui ne succomberait pas sous le poids de tant de difficultés, s'il n'était encouragé par une administration éclairée et sage, qui, sachant apprécier les arts et le zèle, mérite de les voir concourir à ses desseins. Messieurs les procureurs du pays se sont une loi de favoriser cette histoire, et l'on peut la regarder comme leur ouvrage, par l'intérêt qu'ils prennent; intérêt dirigé par un prélat (M.l’archevêque d'Aix), dont les vues sont heureusement fécondées par les talents [2] .

X.  MANIÈRE DE FAIRE L'HISTOIRE D'UNE PROVINCE.

Quand on a rassemblé les matériaux, il n'est pas aussi facile qu'on pense de les rédiger, et de cacher les vides qu'on trouve dans l'histoire. Il faut beaucoup d'art pour rapprocher les événements; il en faut encore davantage pour les lier de manière qu'ils forment un ensemble dont toutes les parties aient du rapport entre elles, sans charger le récit de discussions inutiles pour les savants, et ennuyeuses pour le commun des lecteurs. Il y a des choses que tout le monde sait; d'autres, qu'il suffit d'appuyer de l'autorité des historiens. S'il s'en trouve qui aient besoin d'être éclaircies, l'auteur doit les examiner en son particulier, et quand il croit avoir saisi la vérité, il doit la présenter avec confiance, sans associer le lecteur à la peine et à l'ennui qu'il a eu de discuter. C'est assez qu'il rapporte dans une note, les preuves sur lesquelles il s'est décidé pour une opinion plutôt que pour une autre; s'il s'écarte de cette méthode, au lieu d'une histoire, il fera une dissertation en plusieurs volumes, que l'on consultera quelquefois, mais qu'on ne lira jamais de suite, et le peuple qui en est l'objet, demeurera aussi inconnu qu'auparavant.
Je sais bien que l'histoire d'une province demande plus de détails que l'histoire générale du royaume; des faits qui sont nécessaires dans l'une, seraient déplacés dans l'autre. Pour faire connaître le génie d'une grande nation, et les causes de la grandeur et de la décadence, les traits principaux, les événements les plus remarquables suffisent. Il faut plus de détails pour peindre le caractère d'un peuple particulier; mais il y a un choix à faire, et l'on ne doit pas écrire tout ce qu'on lit. Les bienfaits des souverains et de leurs vassaux envers les monastères et les églises; les procès des seigneurs, leurs transactions, leurs mariages, leurs alliances, leurs querelles, la nomination de leurs officiers, les redevances qu'ils payaient ou qu'il recevaient, et tant d'autres choses de cette espèce, ne paraissent pas fort importantes. Quand on a pris dans une charte, ce qui est nécessaire pour éclaircir la chronologie, faire connaître un nouvel usage, une anecdote, une famille, le prix des denrées, la monnaie qui avait cours, le génie du siècle, les lois, la manière de rendre la justice, doit-on y revenir encore ? Est-il même à propos d'analyser des actes qui réglaient de modiques intérêts dont personne ne se soucie ? De rapporter les conditions d'un petit traité, qui dans le temps même n'intéressait que les parties contractantes ? Les noms des témoins ne seraient-ils pas mieux placés au bas des pages ? Que dirons-nous encore de ces circonstances hors d'œuvre, de ces digressions continuelles, qui font perdre de vue à chaque instant l'objet principal, pour nous apprendre des particularités que personne n'ignore, ou que tout le monde est bien aise d'ignorer ? Au reste, ces digressions qui nous paraissent inutiles, et ces particularités qui sont devenues triviales, ne l'étaient pas il y a quarante ou cinquante ans. Elles ont servi même à répandre du jour sur beaucoup de faits que sans elles nous ignorerions peut-être encore. Ainsi, quoiqu'on doive les éviter aujourd'hui, on ne doit cependant pas les condamner dans les ouvrages où elles se trouvent.
En effet, elles n'empêchent pas que nous n'ayons des histoires de province très estimables. Les PP. bénédictins qui ont couru cette carrière avec honneur, en ont publié dont on louera toujours l'érudition et l'exactitude. Ces deux qualités sont les deux premières qualités de l'histoire. Il faut y joindre, si l’on peut, le mérite de la composition. Tout ne doit pas être discussion et critique dans un ouvrage; mais la critique et la discussion doivent présider à l'ordonnance du tableau; la morale et la politique lui donne l'âme; l'art et le goût, le coloris. Pour nous qui voyons le but, sans avoir la force de l'atteindre, nous tâcherons d'éviter quelques-uns des défauts que nous venons de remarquer. C'est dans ce dessein que nous avons traité séparément de tout ce qui méritait d'être présenté de suite et sous le même point de vue, afin de débarrasser le récit de ces objets disparates, qui dans une histoire partagent l'attention du lecteur et le fatiguent. Quant aux faits, nous n'avons rien oublié pour les rapprocher, et les lier de manière qu'on n’aperçoive point les vuides. Il est certain qu'il n'y en a point d'entiérement isolé. Ceux qui n'ont point de rapports entre eux, en ont avec le caractère ou avec les intérêts du peuple. L'historien qui les saisit a l'avantage de fondre ensemble les actions avec la morale et la politique, et de faire un tableau mouvant où tout instruit et intéresse.

XI.  JUGEMENT DES HISTORIENS DE PROVENCE.

Il ne faut pas s'attendre à trouver cette manière de traiter l'histoire, dans les auteurs qui se sont attachés à celle de Provence. Ayant été les premiers à la tirer du chaos, c'est assez qu'ils aient éclairci plusieurs difficultés et rassemblé les faits principaux. Sans leur travail nous n'aurions peut être pas osé entreprendre le nôtre; ou du moins nous n'aurions pu nous flatter de pousser nos recherches aussi loin que nous comptons le faire.
François de Clapiers (De Clapiers), seigneur de Vauvenargues, est le premier qui se soit occupé de notre histoire; et c'est sous l'administration d'un de ses descendants qu'elle s'imprime; car l'amour des lettres et du bien public est héréditaire dans sa famille  [3]. Le traité que ce magistrat fit imprimer en latin sur la généalogie des comtes de Provence, quoiqu'il contienne beaucoup d'erreurs, fait regretter que l'auteur n'ait pas vécu dans un siècle plus éclairé. Avec le zèle et les talents qu'il avait, il aurait poussé loin ses recherches: mais ayant écrit vers le milieu du XVI° siècle, il était difficile de ne pas s'égarer.
On ne trouve presque rien à louer dans César Nostradamus (Nostradamus), que quelques détails sur les troubles de Provence. A juger de son caractère par son travail, c'était un homme peu appliqué, sans critique, et adoptant légèrement tous les mémoires qu'on lui fournissait, et les erreurs qu'il trouvait imprimées. Il semble n'avoir écrit que pour faire connaître les familles nobles, et dès lors il renonçait aux qualités que l'histoire demande. Les vies des troubadours qu'il a publiées, ont été faites dans le même esprit, et l'on doit les regarder comme des contes apocryphes; car elles ne s'accordent en rien avec les manuscrits originaux qui m'ont passé par les mains.
Bouche (Bouche), auteur estimable et laborieux, avait du jugement et du savoir, deux qualités essentielles pour un historien. Mais il manquait entièrement de goût, avait peu de critique, et encore moins d'ordre, de précision et de clarté. Borné dans ses vues, uniquement occupé à rassembler les faits qui ont rapport à la guerre, il ne nous a donné que des annales assez mal rédigées, qui ne sont pas même complète; car il ne connaissait pas toutes les sources de notre histoire. Si l'on voulait retrancher de ses deux volumes in-folio, tout ce qu'il y a de faux et d'inutile, on pourrait aisément les réduire à trois ou quatre in-12. Cet abrégé ferait encore honneur au mérite et aux recherches de l'auteur.
Gaufridi (Gaufridi) me paraît avoir peu consulté les auteurs originaux, et n'avoir pas mieux connu l'esprit de l'histoire que le précédent. Rien n'est plus sec, ni moins instructif, ni moins intéressant que son ouvrage jusqu'au XII° siècle. Après cette époque, on y trouve quelques recherches mêlées avec des traditions populaires qui les déparent. Ce magistrat, recommandable d'ailleurs par son zèle et ses lumières, ne donnait sans doute à l'histoire que les moments de loisir que lui laissaient des occupations plus importantes. Mais il ne cite pas ses autorités, et la manière dont il expose les faits, n'inspire pas assez de confiance dans sa critique. Aussi son ouvrage, qui n'a pas même le mérite du style, n'a-t-il pas fait oublier celui de Bouche tout informe qu'il est.
L'histoire de Marseille par Ruffi (Ruffi), quoique mal rédigée, est encore ce que nous avons de mieux. Cet auteur ne dit pas tout, non plus que son fils, qui en a donné une seconde édition avec des augmentations; mais en général ce qu'ils disent est exact. Je n'en excepte que la partie de l'histoire ancienne, où l'on voudrait plus de recherches et de critique. Leurs matériaux seraient excellents pour faire une nouvelle histoire de Marseille, où l'on insérerait avec de nouvelles découvertes, tout ce qui regarde les mœurs, les arts et le commerce; en un mot, la partie philosophique. Quant au style, il serait aisé de l'emporter sur ces deux auteurs qui n'en avaient point. C'est la partie la plus difficile dans les histoires particulières, où tout doit être soumis à la discussion et à la plus sévère critique; où enfin l'imagination et le sentiment ont très peu de jeu: je ne dirai rien de Pitton, historien de la ville d'Aix. Il est tombé dans les mêmes défauts que les historiens dont je viens de parler; et son ouvrage contient moins de recherches. On en trouve beaucoup plus en proportion dans ses annales de l'église d'Aix; on y trouve même de la critique en certains endroits.
Il est donc vrai de dire que l'histoire de Provence est à peine ébauchée. Les recherches, les voyages et les dépenses qu'elle exige, ont dû nécessairement décourager quiconque était en état de l'entreprendre. M. Peyresc, cet homme qui savait de tout et qui le savait bien, s'en occupa longtemps. Mais il n'avait, ni assez de santé, ni assez de loisir pour faire les sacrifices qu'elle demande. Ceux qui, ayant eu plus de temps et de constance, se sont livrés à ce travail, n'y ont point apporté les talents de cet homme célèbre: d'ailleurs ils manquaient de secours. Les annales de l'Italie et de la France étaient encore dans la poussière des bibliothèques: le Languedoc et le Dauphiné n'avaient point d'historiens; l'étude de l'antiquité commençait à peine; enfin, l'art d'écrire l'histoire était peu connu.
Il s’agit à présent de faire l’ouvrage. On peut juger, par tout ce que nous venons de dire, combien l’entreprise est difficile. Mais si le lecteur est plus sévère, on trouve aussi plus de secours. J’en ai beaucoup trouvé dans la riche bibliothèque de M. le marquis de Méjanes, qui est très versé dans la connaissance des livres et qui les prête avec la loyauté d’un citoyen, à qui rien de ce qui intéresse les lettres et le bien public, n’est in diffèrent. On peut dire encore que l’histoire est aujourd’hui plus connue, et que les savants sont en plus grand nombre et plus communicatifs. Je me ferai un devoir de rendre justice à tous ceux qui voudront contribuer à cet ouvrage par leurs lumières, ou par les manuscrits dont ils sont dépositaires. L’histoire d’une province est un dépôt général où tous les citoyens instruits doivent porter leur tribut. L’auteur n’est que le rédacteur, et s’il acquiert quelque gloire, il sera flatté de la partager avec eux.
Les chartes sont les objets qui l’intéressent davantage. Ce n’est pas qu’on doive les lire avec une espèce de défiance; moins encore pour discerner les fausses d’avec les vraies, que pour ne pas adopter légèrement tout ce qu’elles renferment. Souvent on y voit des déclamations sur la corruption du siècle, au sujet de quelques injustices commises par des particuliers; quelquefois ce sont des éloges outrés donnés à des personnes en place, dont la conduite n’est rien moins qu’un modèle à proposer. Si l’on veut juger des mœurs du temps par ces traits isolés, on risque de se tromper. Pour saisir le véritable point, il faut alors avoir beaucoup de chartes, et en avoir même de plusieurs diocèse; il faut les comparer entre elles; et avec les historiens du temps, et même avec l’histoire des provinces voisines; car le ton du siècle est à peu près le même dans les provinces limitrophes, lorsqu’il n’y a pas d’ailleurs des circonstances locales qui produisent quelque différence. Les personnes qui possèdent ces anciens titres, font souvent difficulté de les communiquer; c’est qu’elles ne savent pas que l’unique objet de l’auteur est de chercher dans ces vieux titres des dates pour éclaircir la chronologie, et la succession des souverains et des évêques; des faits historiques, des traits qui aient rapport aux anciennes familles, aux mœurs, aux usages, au cours de la monnaie, à l’état des personnes, à l’administration de la justice, etc.. Tout ce qui règle les droits respectifs des particuliers, et qui pourrait donner matière à des contestations, lui est étranger. Il peut aisément le passer en rapportant un titre sans rien omettre d’essentiel.
Nous n’avons donc point de refus à craindre quand nous demanderons la communication de quelques archives. Dans un siècle éclairé et poli comme le nôtre, on s’estime trop heureux de faciliter un travail qui n’a pour objet que l’utilité publique. Nous aurions d’ailleurs un bel exemple à citer : c’est celui de la cour des comptes de Provence. M. le marquis d’Albertas, premier président, et MM. Les commissaires, ont secondé notre zèle avec une politesse et une honnêteté qui méritent notre reconnaissance. Nous parlerons quand il en sera temps, des autres archives que nous aurons visitées.


Notes:
[1] : Les peuples sont les Beritini, Gallitæ, Triullati, Eguituri, Nementuri, Oratelli, Ligauni, Quariates, Adunicates, Caudellenses. Les lieux dont le même auteur ne parle pas, sont, Antea, Aralucus, Machovilla, Pagus-Lucretus, Avenionetum, Constantina, Fretta, Fraxinetum, Stablo, Thele. Nous les rapportons ici, pour qu'on juge d'un coup d'œil de combien d'articles nous avons augmenté la géographie ancienne de la Provence. Retour au texte

[2] : Ces messieurs sont, M. le marquis de Méjanes, seigneur du Baron, de Saint-Vincent, Beauchamp et autres lieux; noble Joseph-François de Pochet, écuyer, avocat en la cour; M. le comte de Thomassin-Saint-Paul, et M. Olivier, maire, consuls et assesseur d'Aix, etc.  Retour au texte

[3] : M. le marquis de Vauvenargues, premier procureur du pays aux années 1775 et 1776.  Retour au texte


Dernière modification le 4 avril 2005.