PRÉFACE DU TOME SECOND

( DE L'HISTOIRE GÉNÉRALE DE PROVENCE )

P R É F A C E.

§. I.  DE LA PARTIE HISTORIQUE.

Nous n'avons rien à dire sur la partie de l'histoire renfermée dans ce second volume. Elle contient les malheurs d'un peuple, qui après avoir porté anciennement les sciences et les arts plus loin qu'aucun autre peuple des Gaules, tombe insensiblement dans la barbarie, et se civilise ensuite. Sa dégradation ne peut se peindre, qu'en rapprochant les événements qui l'ont produite. Mais ces événements, que présentent-ils autre chose que les vexations des Romains, ou les ravages commis par les peuples du Nord, répétés dans toutes les histoires, et peu propres par conséquent à réveiller l'attention du lecteur ? Si l'on veut en rendre le récit intéressant, il faut, par des rapprochements heureux, en faire entrevoir les causes. Alors le tableau s'anime et attache. Tantôt c'est la faiblesse d'un prince qui laisse flotter les rênes du gouvernement; ses cruautés, qui font soulever des armées sur les frontières; ses soupçons injustes, qui lui font perdre un ministre éclairé ou un général habile: tantôt c'est l'avarice ou la négligence d'un gouverneur; le mécontentement des sujets; la jalousie et les intrigues des courtisants, l'indiscipline des troupes; c'est enfin dans le gouvernement, une constitution vicieuse, qui ne peut servir de frein, ni au despotisme, ni à l'anarchie. Ces différentes causes, séparées ou réunies, ont produit les ravages dontnous parlons. En montrant comment elles ont décidé du sort de notre province, nous indiquons les vices, dont toutes les parties de l'empire étaient tellement affectées, qu'elles devaient s'en détacher au premier choc des peuples du Nord. Au reste, les faits que nous allons décrire n'ont pas tous rapport à la guerre. Le commerce, et la manière dont on le faisait; les progrès de la religion et les commencements de l'ordre monastique; l'état des lettres et des arts, sont tout autant d'objets propres à mettre de la variété dans le tableau. C'est d'ailleurs un spectacle digne d'attention, que de voir plusieurs peuples différents entre eux par les mœurs, les usages, les lois et le langage, occuper successivement une même province, s'unir avec les anciens habitants, et former par cet assemblage une nation, dont on reconnaît à peine le caractère primitif.
Cette nation se releva de ses ruines, lorsque Bozon, après la mort de Charles le Chauve, la détacha de la monarchie française, et lui rendit une sorte d'existence politique: sous les successeurs de ce prince elle donna des maîtres à la Lombardie. Alors elle commença de reprendre, pour ainsi dire, une forme nouvelle. Ses liaisons avec les principales républiques d'Italie, le commerce qu'elle fit avec elles, les croisades qui vinrent ensuite, et auxquelles elle prit tant de part, ouvrirent une carrière aux talents et à l'industrie. Nous ferons voir comment ces différentes causes contribuèrent à ramener en Provence la liberté, le goût des lettres et de la poésie, et cette politesse, qui est une suite nécessaire de l'amour des beaux arts.
Le développement de cette partie de notre histoire, est infiniment difficile à faire. Quoique la Provence ait produit un grand nombre d'auteurs, il n'y en a pas un qui ait recueilli les faits qui s'y sont passés. Il faut les chercher dans la collection immense des historiens d'Italie, dans ceux des Gaules et d'Espagne, et même dans les annalistes de l'empire: mais on n'y trouve que les grands événements, qui par leur nature devaient faire du bruit dans le monde; tels qu'une invasion, une bataille, une victoire, le siège ou la prise d'une grande ville , la révolte d'une province, la trahison d'un gouverneur, les suites affreuses de la famine et de la peste, etc. Ces événements sont même rapportés sans aucune circonstance, et c'est ce qui en fait la certitude; car c'est dans les circonstances que les événements sont altérés. Les autres faits qui ont eu moins d'éclat, et qui feraient mieux connaître les passions et le génie du peuple, sont restés dans l'oubli.

§. II.  CHARTES.

Les chartes peuvent suppléer aux omissions des historiens. On y trouve tout ce qui peut répandre du jour sur les usages, les mœurs, les lois, le commerce, les arts méchaniques et libéraux, la religion, les superstitions mêmes du peuple, l'état des personnes, l'administration des villes, et les distinctions attachées à chaque ordre de citoyens. Ces détails semés avec choix en forme d'anecdotes dans le cours de la narration, y répandent une variété piquante, telle qu'on peut la souhaiter dans un genre de travail, où la stérilité du sujet se décèle à chaque instant.
Il faut pourtant convenir que malgré nos recherches, que nous pouvons dire avoir poussées assez loin, nous avons trouvé peu de chartes antérieures au onzième siècle. Le monastère de Lerins, le plus ancien des Gaules, ne nous a rien fourni d'intéressant. Presque tous ses titres ont été enlevés; il ne reste qu'un cartulaire, qui contient les donations: nous l'avons lu avec soin; l'empressement des religieux était de nous fournir de matériaux pour notre histoire, et de diminuer par leurs politesses les dégoûts inséparables d'une lecture qui a été presque sans fruits.
Nous aurions fait une moisson plus abondante aux archives de S. Victor, si nous avions pu y pénétrer. Heureusement il y a dans ce chapitre, avant qu'il fût sécularisé, des religieux, qui n'étant point distraits par des amusements frivoles, se sont occupés de l'étude des chartes, et en ont communiqué un grand nombre à divers auteurs. Mais ils ont négligé d'en publier d'autres, dont nous aurions eu besoin pour éclaircir quelques points de notre histoire, et pour donner une suite chronologique des potestats et des vicomtes de Marseille. Les archives de cette ville, et celles de l'abbaye de S. Sauveur, ne nous ont rien fourni qui ait pu nous dédommager de cette perte, quoique nous les ayons parcourues avec toutes les facilités que nous devions nous promettre du zèle de MM. les Echevins, et de madame d'Aulan, abbesse de S. Sauveur. Les chartes de l'évêché sont presque toutes imprimées dans l'histoire des évêques de Marseille.
Le dépôt le plus précieux pour nous, après celui de la chambre des comptes de Provence, et le mieux en ordre peut être, est celui de l'archevêché d'Arles. M. l'archevêque nous l'a communiqué avec tout l'intérêt qu'inspire l'amour des connaissances utiles, quand on joint, comme lui, à la bonté du cœur, tout ce qu'il faut pour les cultiver avec succès. Nous devons aussi de la reconnaissance au chapitre, qui n'a pas voulu laisser échapper cette occasion de donner une preuve de son zèle. Les chartes de la communauté et des anciens monastères, sont connues. Il y a toujours eu dans cette ville des hommes de lettres, jaloux de débrouiller l'histoire de leur patrie, et qui ont recherché avec soin les anciens titres.
M. le marquis de Méjanes et M. Nicolaï, sont les plus riches en ce genre; ils méritaient bien de l'être, par l'usage qu'ils font de leurs richesses. M. l'abbé Bonnemant, de la même ville, l'est aussi beaucoup: nous avons éprouvé combien il a de plaisir à communiquer ses recherches à ceux qui peuvent s'en servir utilement: sa collection est d'autant plus précieuse, qu'il était en état de la bien faire, joignant à une grande facilité pour lire les anciennes écritures, une exactitude éclairée par la critique. Nous l'exhortons à continuer son histoire de l'église d'Arles, qui ne peut être qu'un bon ouvrage. Les titres de l'abbaye de Mont-Majour, qui ont échappé à l'injure du temps, font rassemblés dans l'histoire manuscrite de cette abbaye: il y en a plusieurs exemplaires.
Nous parlerons, quand il en sera temps, des matériaux que nous trouverons pour le troisième volume, dans les archives des autres abbayes, dans celles des communautés et des évêchés. Celles de l'archevêché d'Aix ont été en notre disposition, mais elles n'ont rien pu fournir pour notre histoire. Nous ignorons quels secours on pourrait tirer de celles du chapitre. Celui de Grasse, MM. les Consuls de la même ville, ceux de Sallon, ne nous ont rien laissé à désirer, quant à l'envie qu'il ont montrée de seconder notre travail. Les titres du chapitre de Grasse, concernant ses possessions et leur origine, n'offrent que des détails peu intéressants dans une histoire générale. Ceux de la communauté sont d'une grande importance: on y voit l'origine de ses privilèges, le tableau de son ancienne administration, et des traces de son commerce dans les traités d'alliance qu'elle faisait autrefois avec les républiques de Gênes et de Pise. Il y a peu de chose à Sallon, et on le retrouve presque tout parmi les titres de l'archevêché d'Arles.
L'évêché de Fréjus n'est point dépourvu de chartes, quoique cette ville ait été plusieurs fois ravagée; mais elles n'ont pour objet que des transactions, des échanges et des concessions faites par les anciens comtes de Provence. Il faut pourtant les lire, ne fut ce que pour mieux saisir l'esprit du siècle où elles ont été faites. Cette lecture, si dégoûtante par elle-même, serait insupportable, sans l'honnêteté que M. l'évêque de Fréjus fait mettre dans ses politesses, pour adoucir l'ennui d'un travail auquel il s'intéresse, comme administrateur de la province et comme citoyen.
Les chartes doivent êtres lues avec beaucoup de précautions, si l'on veut les rendre véritablement utiles. Ces sources de l'histoire n'ont pas toute la pureté qu'on désirerait, mais ce n'est pas ici le lieu d'établir des règles de critique. Il y en a de générales; chacun peut s'en faire de particulières, d'après la connaissance des circonstances locales. Nous nous bornerons ici à une réflexion qui regarde le temps précis où l'on commençait l'année en Provence. Ce temps n'avait rien de fixe. Tantôt on la commençait le 25 décembre, c'est à dire sept jours avant le jour de l'an, suivant notre manière actuelle de compter; tantôt à Pâques, quelquefois le premier jour de janvier, et plus souvent encore le 25 mars, c'est à dire, trois mois sept jours plus tard qu'à présent. Cette manière de commencer l'année le 25 décembre ou le 25 mars, était la plus usitée en Provence, dans les onzième, douzième, et treizième siècles. On trouve ces deux époques assez indifféremment établies dans nos chartes, quoique celle du 25 mars paraisse plus généralement reçue: mais là-dessus on ne peut se faire de règle certaine: il faut voir, en lisant chaque charte, à quelle époque on doit la rapporter. C'est un embarras pour l'historien, mais il est inévitable, et la chronologie en sera plus sûre. Voici des exemples de l'une et l'autre manière de commencer l'année, dans les onzième, douzième, et treizième siècles. Nous aurions pu les multiplier, mais nous avons cru devoir nous borner aux suivants.
Je dis que dans le onzième siècle (XI° siècle) on commençait l'année le 25 mars, et j'en trouve la preuve dans l'acte (Gart. de Lerins fol. s6 & v°.) par lequel Augier, évêque de Riez, donna aux moines de Lerins, du consentement de son clergé, de la noblesse et du peuple, l'église de Moustiers et ses dépendances. Il date des nones de mars 1096, indict. 5. Auctore omnium Domino Jesu Christo regnante: anno ab incarnatione ejusdem M. XC. VI. nonis mensis mart. indict. V. Or la cinquième année de l'indiction tombait en 1097, suivant notre manière de compter. Une preuve d'ailleurs que cette date supporte le commencement de l'année le 25 mars, c'est que cette concession fut confirmée au mois de mai suivant, par Guillaume, seigneur de Moustiers; par Adélaïde, sa femme; par Riculfe et Elzear, son neveu, tous seigneurs du lieu. Facta est hœc carta, ann. ab incarnat. Domin. M. XC. VII, indict. V. Ils datent de l'an 1097, parce que cette année-là courait depuis le 25 mars. Je dis en second lieu, que dans ce siècle on comptait aussi l'année du commencement de janvier, ou du 25 décembre (Ibid. fol. 60.). En voici la preuve dans une autre donation faite au même monastère, l'an de l'incarnation 1032, indiction 15, au mois de février, sous le règne de Rodolphe. Facta donatio ista mense februario, ann. ab incarnatione Domini M. XXXII indict. XV. Outre que l'indiction 15 ne convient qu'à cette année-là, c'est que si l'on avait commencé l'année à Pâques ou au 25 mars, le mois de février 1032, répondrait aujourd'hui au même mois 1033; et l'on aurait pas pu dater du règne de Rodolphe le Fainéant, parce que ce prince mourut au mois de septembre 1032. D'ailleurs, dans le même cartulaire, on trouve une charte du 21 novembre 1032 (fol. 61.) avec l'indiction 15, comme au mois de février.
Nous pourrions aussi multiplier les exemples pour l'une et l'autre manière de compter dans le douzième siècle (XII° siècle); mais nous nous bornerons aux deux suivants. Alfonse I venant de ses états d'Aragon en Provence, fit, quand il fut arrivé à Montpellier, un échange avec l'archevêque d'Arles. Il a soin de remarquer dans l'acte, qu'il le fait en arrivant en Provence; c'est ainsi qu'on appelait le Languedoc: Cum primum provinciam intrassem. Or cet acte (Preuv. ch. XX.) est du commencement de mars 1167, qui est en effet le temps où il parut sur les bords du Rhône. On supposait donc que l'année était commencée avec le mois de janvier ou le 25 décembre; car autrement le mois de mars 1167, reviendrait au mois de mars 1168; mais ce prince était alors en Provence, et non pas à Montpellier; et il n'aurait pas mis cum primum provinciam intrassem, puisqu'on a plusieurs actes de lui passés au mois d'avril et de mai 1167.
On commençait aussi dans ce siècle l'année au mois de mars: la preuve en est claire: (Cartul. roug de N. D. de la Mer. fol. 65.) Alfonse I, dont nous venons de parler, mourut le 25 avril 1196, et nous avons une charte de son successeur datée du mois de janvier même année; ce qui impliquerait contradiction, si l'on ne comptait pas 1196 au mois de janvier suivant, qui répond à l'an 1197, ( nouveau style ). Les exemples de cette manière de compter dans ce siècle sont très fréquents.
Dans le treizième l'année a souvent commencé au mois de janvier ou au 25 décembre, Guillaume IV, dernier comte de Forcalquier, fit son testament la veille des nones de février 1208, indiction XI, Anno dominicae M. CC. VIII, indict. XI. pridie nonas februarii. L'année de l'indiction s'accorde exactement avec celle de l'incarnation; et d'ailleurs Guillaume mourut cette année-là; preuve certaine que le premier de l'an fut au premier de janvier: car si l'année eût commencé le 25 mars, le mois de février 1208 répondrait au mois de février 1209, nouveau style. On peut voir plusieurs exemples de ce genre parmi nos preuves; il y en a deux dans les opuscules de Colombi, in-fol. p. 469. On trouve aussi beaucoup d'exemples du contraire: nous inférons de là qu'on ne peut pas se faire de système sur la règle qu'on suivait en Provence pour le commencement de l'année dans les onzième, douzième, et treizième siècles, et que le plus sûr moyen de fixer la date des chartes, c'est de les comparer avec les faits auxquels elles ont rapport.

§. III.  MÉMOIRES.

Nous avons inséré dans ce volume trois mémoires. Le premier roule sur l'origine et les progrès de la langue provençale. Comme c'est dans la langue, quand elle est née dans le pays même, que se peint le caractère du peuple, on ne peut négliger de la faire connaître, sans omettre un point essentiel de l'histoire: notre embarras a été de nous borner. Le second est une dissertation sur la succession historique et chronologique des premiers comtes de Provence. Nous y examinons de quelle nature étaient autrefois les fiefs de cette province, et à quelle époque ils ont commencé à devenir héréditaires. On y trouvera sur les comtes quelques détails que nous pu mettre dans l'histoire, parce qu'ils nous auraient jetés dans des discussions qui sont mieux placées dans un mémoire; le dernier traite des monnaies qui ont eu cours en Provence depuis la fin du dixième siècle jusqu'au milieu du treizième, où finit la partie historique de ce second volume. Ce mémoire est de M. le président de Saint-Vincent. Nous donnerons la suite à mesure que nous traiterons l'histoire des princes, auxquels les monnaies appartiennent.

§. IV.  MONNAIES.

Nous avons ajouté à la table de M. le président de Saint-Vincent, une colonne, où, d'après ses opérations, nous réduisons les monnaies à leur valeur actuelles. Cette réduction n'a pu se faire sans de grandes difficultés. Il a fallu connaître exactement la valeur du marc dont on se servait; car non seulement il n'était pas le même dans toutes les provinces, mais encore il variait souvent dans la même. Heureusement nous avons trouvé dans les chartes le rapport de quelques-uns de ces marcs avec le marc actuel, et ce rapport nous a servi de règle. Il fallait aussi connaître le titre et le poids. M. de Saint-Vincent a connu le titre en faisant fondre des monnaies: on connaît le poids par les chartes.
Comme les souverains altéraient souvent les espèces, les particuliers, pour remédier à ce vice d'administration, qui tendait à détruire le commerce, avaient soin de mettre pour condition dans leurs actes, que si la monnaie venait à changer ou à être détériorée, on donnerait tant de marcs d'argent fin pour tant de fols. L'alliage des espèces n'était donc pas compté pour rien, ou l'était pour peu de chose. Ainsi, d'après ces chartes, nous pouvons juger combien on donnait de fols pour un marc d'argent, et la valeur du marc étant connue, leur réduction est aisée à faire. Si nous ne l'avons pas faite quelquefois, c'est lorsque nous avons ignoré le titre ou le poids des espèces. Voilà tout ce que nous avons pu faire sur matière si embrouillée. Il n'y a que ceux qui l'étudient qui puissent sentir les obligations qu'on a aux personnes, qui, comme l'auteur de ce mémoire, s'occupent d'un objet aussi intéressant, et sur lequel il reste encore des difficultés qu'on n'éclaircira peut-être jamais, faute de monuments.

§. V.  PREUVES.

Nous ne rapportons parmi nos preuves que des chartes qui n'ont point été publiées, excepté deux qui nous ont paru essentielles. Il peut y en avoir quelqu'une dont l'utilité ne paraîtra pas d'abord sensible; mais il n'y en a point qui ne nous ait servi ou pour la chronologie, ou pour appuyer quelque fait peu connu; quant aux chartes imprimées, nous nous contenterons de les citer; et nous en userons de même pou les volumes suivants. Cependant il serait fort commode d'avoir rassemblé dans un même ouvrage ces monuments de l'histoire, qui sont épars dans un trop grand nombre de volumes, pour qu'on puisse se les procurer. Nous y avons suppléé quelquefois dans les notes en citant les noms des témoins; mais ces citations ne peuvent point être fréquentes; il faut qu'elles soient amenées par le sujet. Il est possible qu'on trouve soit dans ce second volume, soit dans les suivants, des noms qui étaient anciennement dans la roture, et qui sont portés par des familles d'une noblesse ancienne; de même qu'il s'en rencontrera, peut-être, qui, après avoir été anciennement connus parmi la noblesse du pays, se retrouvent dans des familles roturières ou nouvellement anoblies; nous ne prétendons ni combattre, ni avouer ces identités, parce que nous sommes également éloignés de la satyre et de l'adulation, et que notre but n'est point de faire des généalogies. Nous cherchons la vérité, et nous rapportons les faits, sans envie de nuire ni de flatter, et nous désavouons toutes les fausses applications qu'on en pourrait faire.
Il serait à souhaiter qu'on rassemblât en un seul volume toutes les chartes déjà imprimées. Les villes et les anciennes familles y trouveraient des titres glorieux pour elles; mais il faudrait que l'auteur eût soin de mettre, sous deux colonnes séparées, les chartes qu'il croirait fausses, et celles qui lui paraîtraient seulement suspectes. On pourrait se flatter alors d'avoir, pour la Provence, un corps de diplomatique aussi utile que curieux, dans lequel on insérerait beaucoup de titres que nous n'avons pas osé mettre parmi nos preuves, pour ne pas trop les multiplier. Nous sentons combien ce projet est difficile dans l'exécution par les dégoûts qu'on éprouve dans un travail tel que le nôtre, surtout quand on est seul à en porter tout le poids. Il faut être soutenu par des administrateurs éclairés, amis des lettres, jaloux de la gloire de leur Patrie, et qui sentent, comme ceux d'aujourd'hui  [1], que l'histoire de leur province est, à tous égards, un monument digne de leur attention et de leur zèle patriotique.


Notes:
[1] : Ces messieurs sont, M. le marquis de Méjanes, seigneur du Baron, de Saint-Vincent, Beauchamp et autres lieux; noble Joseph-François de Pochet, écuyer, avocat en la cour; M. le comte de Thomassin-Saint-Paul, et M. Olivier, maire, consuls et assesseur d'Aix, etc.
N. B. Nous renvoyons souvent à un mémoire sur les municipes; mais l'abondance des matières nous a obligé de le laisser pour le volume suivant.  Retour au texte


Dernière modification le 4 avril 2005.